Reportage

Walt Disney Family Museum Happily Ever After Hours avec Bob Gurr

En cette période de pandémie mondiale, le Walt Disney Family Museum a décidé d’organiser une série de classes et séminaires virtuels afin de pouvoir continuer sa mission, c’est-à-dire partager l’héritage de Walt Disney, malgré la fermeture actuelle du musée. Cette série de webinars est appelée Happily Ever After Hours et j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour assister au premier d’entre eux avec nul autre que la Disney Legend Bob Gurr.

Bob Gurr fait partie de la première génération d’Imagineers. Il a été embauché par Walt en 1954, peu avant l’ouverture de Disneyland. Bob Gurr avait une expérience dans la conception de voitures et a été rapidement responsable de la création de véhicules pour les attractions de Disneyland. On lui doit notamment les voitures d’Autopia, les luges du Matterhorn Bobsleds ou les DoomBuggies d’Haunted Mansion. Même si sa carrière l’a conduit en dehors de la Walt Disney Company, il est resté fidèle à l’entreprise en prestant comme consultant à de nombreuses reprises et a été honoré du titre de Disney Legend en 2004. Pour les abonnés à Disney+, vous le reconnaîtrez sûrement puisqu’il a été mis à l’honneur dans la série « Il était une fois les Imagineers, les visionnaires Disney ».

Pour commencer cette session, les équipes du Walt Disney Family Museum nous ont invités à nous mettre à l’aise en nous partageant la recette d’un petit cocktail inventé par Bob (que vous pouvez retrouver ci-dessous) ; le Gurr Tiki.

Après avoir été brièvement présenté, Bob Gurr a pris la parole en commençant par « To all who come to this happy place, welcome ! » (faut pas me faire des trucs comme ça, j’avais les larmes aux yeux dès les premières secondes) et nous a ensuite fièrement montré son masque à l’effigie de Mickey et Minnie en nous invitant à nous protéger également. La séance a été divisée en deux partie, l’une animée par le staff du Walt Disney Family Museum et l’autre par les questions des fans assistant au webinar. J’ai demandé au staff du musée l’autorisation de partager avec vous un résumé de cette conférence virtuelle, en espérant que cela vous plaise…

⇢ Les clés du succès de Disneyland
Selon Bob Gurr, si l’on se penche sur la carrière de Walt Disney, on peut comprendre qu’il était constamment à la recherche de nouveautés et de bons moyens de raconter des histoires parce qu’il était tout simplement un conteur dans l’âme. On peut voir Disneyland comme une extension de l’animation et des films, un univers en 3D où les guests sont un public vivant à l’intérieur du film, où l’animation est remplacée par toutes personnes présentes y compris les Cast Members.

Pour lui, les deux éléments clés qui ont fait le succès de Walt sont la narration (storytelling) et la mise en scène (showmanship). Il raconte que les Imagineers étaient souvent lancés sur des projets aussi fous que flous mais finissaient toujours par trouver des moyens d’y arriver grâce à Walt. « Walt était extrêmement crédible et quand il te parlait, tu y croyais avec lui et tu te disais que ça pouvait peut-être marcher … pour ensuite découvrir qu’en effet, ça fonctionnait ! »

Pendant les premières années de Disneyland, Walt a formé beaucoup de personnes pour qu’elles comprennent pleinement ce qu’il entendait par « narration » et « mise en scène », deux principes qui sont devenus le cœur de l’Imagineering. Ils le sont toujours actuellement et les Imagineers continuent à former les casts et à leur rappeler malgré la soixantaine d’années qui se sont écoulées depuis car ce sont des principes de bases ; une histoire vivante mettant en scène des personnes.

Il ajoute que beaucoup de designers ont tendance à chercher la simplicité de nos jours en se contentant de copier mais que cela ne peut jamais fonctionner car, en faisant cela, ils perdent l’étincelle de la narration et de la mise en scène. Pour lui, c’est ça qui fait toute la différence dans les parcs Disney et leur apporte le succès.

⇢ La série documentaire « Il était une fois les Imagineers, les visionnaires Disney »
Bob Gurr pense que le métier d’Imagineer est aussi fun que difficile. Il félicite Leslie Iwerks et ses équipes pour cette série documentaire qui a réussi à mettre en lumière avec brio tout le travail nécessaire à la création des parcs et expériences Disney. Il avoue avoir toujours eu du mal à expliquer son travail et donner des conseils aux fans aspirants à devenir Imagineer et est très reconnaissant de pouvoir maintenant les diriger vers une série qui le fait pour lui. Il ajoute que la série s’est classée numéro un (et de loin !) dès la première semaine de Disney+ et que les studios et lui-même, notamment lors de conférences, ont reçu énormément de commentaires très positifs tels que « Nous n’avions aucune idée d’à quel point c’était compliqué. Ce que vous faites ce n’est pas de la magie, c’est du travail acharné ! »

⇢ À propos de Walt Disney
Bob Gurr organise régulièrement des visites dans la région de Los Angeles pour emmener des fans sur les pas de Walt Disney (pour plus d’informations, Waltland Tour). Il a expliqué que  Walt était « un dieu » pour beaucoup de personnes alors que, pour lui, c’était « un gars ordinaire qui débordait de nouvelles idées tous les jours ». Il se rappelle qu’il était parfois grincheux, notamment à cause d’une douleur au cou causée par d’anciens accidents, mais surtout inspirant et bienveillant. Il pouvait entrer dans une pièce, jeter un œil à quelque chose et être soudain frappé d’une nouvelle idée qu’il allait vous envoyer telle une « patate chaude ». Cependant, Walt avait selon lui pour principe de jamais vouloir aller trop loin, de ne jamais partir sur des projets pour lesquels lui et ses équipes ne voyaient pas au moins quelques pistes de solutions et les Imagineers étaient donc toujours bien protégés avec lui.

« Il était ordinaire dans sa manière de parler tout en étant affreusement inspirant. C’était difficile pour moi de le voir comme un dieu alors que je le voyais simplement comme … un Walt. »

⇢ Son projet préféré en tant qu’Imagineer
Il s’agit de la voiture de pompiers que l’on peut trouver sur Main Street, U.S.A. à Disneyland. Il l’aime particulièrement parce que c’est peut-être une des seules choses ajoutée au parc du vivant de Walt dont il n’a pas eu l’idée lui-même. Bob Gurr lui aurait suggéré l’idée pendant un temps mort d’une conversation en lui faisant remarquer qu’ils avaient une caserne de pompiers sur Main Street mais pas la voiture pour aller avec et Walt aurait rapidement lancé le projet. Il semblerait que Ward Kimball, un des Nine Old Men des studios Disney, possédait une voiture de pompiers et l’avait fait tester à Walt qui en voulait une depuis. 
Il s’est avéré qu’il était très heureux d’avoir enfin ce véhicule et il le conduisait souvent, notamment lorsqu’il faisait visiter le parc à ses invités VIP. Cette voiture est donc devenue l’attraction préférée de Bob Gurr pour avoir réussi à « imposer » une idée à Walt pour son propre parc.

*Nlda: Walt Disney conduit ce fameux véhicule sur les dernières photos prises de lui à Disneyland peu avant sa mort.

WALTMICKEY

⇢ Une journée type d’Imagineer
Bob Gurr nous a expliqué à quoi ressemblaient ses journées en tant qu’Imagineer à l’ouverture de Disneyland en 1955. « Quand Disneyland a ouvert, j’y étais 7 jours par semaine, de 8h du matin à environ 22h du soir. J’avais juste assez de temps pour dormir un peu et revenir tout de suite. J’étais chargé de non seulement réparer mes propres attractions mais aussi celles des autres Imagineers, même parfois de repenser certaines de ces attractions. Certains designs ne fonctionnaient pas mais il y avait aussi de la maintenance car d’autres s’usaient trop vite. C’est le meilleur été que je n’ai jamais passé ! »

⇢ L’attraction Autopia
Dès 1952, Walt avait commencé à dresser une liste des choses qu’il souhaitait avoir dans son parc à thème une fois celui-ci construit et on pouvait notamment y trouver des autos tamponneuses. Une fois lancé sur la création du parc, il s’est dit que cela ne correspondait plus vraiment à son idée du futur et il est donc parti sur un concept de voitures roulant sur l’autoroute*, une version un peu « utopique » de « l’automobile » d’où le nom « Autopia ». Quand Walt a confié le travail de designer les véhicules de l’attraction à Bob Gurr, il s’est dit qu’il allait faire les choses comme il en avait envie et est parti sur un concept moderne de voitures de sport. Du coup, dès l’ouverture, les voitures d’Autopia avaient l’air réelles et ne ressemblaient pas des véhicules factices de parcs d’attractions. Selon Bob, beaucoup de fabricants essayaient de vendre des attractions clés en main à Walt mais il ne voulait pas de tout ça et s’est toujours efforcé de réaliser les choses à sa manière.

Bob Gurr a également mentionné que Walt a envisagé à une époque d’ajouter un bus à l’attraction. Le but était de la rendre accessible aux très jeunes enfants incapables de conduire l’une des voitures tout en augmentant le rendement de l’attraction. Le projet a finalement été abandonné car il s’est avéré peu pratique.

*Ndla: A l’époque de l’ouverture de Disneyland, les autoroutes reliant les différents états commençaient seulement à être construites et ce concept était donc bien futuriste.

⇢ Le mythe du Matterhorn Bobsleds
L’attraction Matterhorn Bobsleds est unique au parc californien. Il s’agit du premier parcours de montagnes russes du monde à structure métallique tubulaire (ouvert en 1959) et de la première attraction à sensation Disney. L’attraction est composée de deux parcours distincts surnommés « Fantasyland Track » et « Tomorrowland Track », d’après le flanc de la montagne où leurs embarquements sont respectivement situés. Les deux parcours n’étant pas parfaitement identiques, les fans ont commencé à statuer sur le fait que l’un des deux était forcément plus long et/ou plus rapide donnant naissance à des quasi légendes urbaines. Bob Gurr faisait partie des concepteurs de cette attraction et reçoit assez régulièrement cette question… A laquelle il n’a pas de réponse ! Selon lui, les deux parcours sont différents puisqu’ils ont dû les concevoir de manière à ce qu’ils rentrent dans la réplique du Mont Cervin qui comportait également à l’époque un trou pour y laisser passer le Skyway*. Par conséquent, les parcours sont tantôt plus courts, tantôt plus pentus en fonction de leur situation, ce qui peut donner l’impression que l’un d’eux soit plus rapide à un instant X sans que ce soit forcément le cas. Il a ajouté qu’énormément de critères peuvent faire varier le temps de parcours de ce type d’attraction comme le nombre de personnes présentes dans le véhicule et leur poids ou encore la chaleur des roues (le manège sera forcément moins fluide à froid en matinée qu’en soirée après avoir tourné toute la journée), et cela rend toute affirmation impossible.

Quand on lui a demandé s’il avait un parcours préféré, Bob Gurr a répondu la chose suivante ; « Vous savez, cette attraction n’a pas été conçue sur ordinateur et ce vieux rail est si brusque que je ne peux tout simplement plus faire ces montagnes russes. Je préfère regarder les guests y entrer et sortir sous diverses formes mais je ne veux plus vraiment le faire. J’étais payé pour le concevoir, pas pour le rider ! »

*Ndla: Le Skyway était une attraction permettant aux guests de se déplacer entre Tomorrowland et Fantasyland à l’aide de télécabines. Il a fermé en 1994 et les trous qui lui permettaient de passer à travers l’attraction Matterhorn Bobsleds ont été refermés.

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⇢ Le fonctionnement du PeopleMover
Le PeopleMover est une attraction iconique des parcs américains. Il est l’un des ancêtres du transport hectométrique que Walt Disney espérait voir se développer dans les villes du futur. Le premier a ouvert en 1967 à Disneyland avec l’inauguration du « New Tomorrowland ». Dans cette version, les véhicules sont propulsés par des roues à pneumatiques, disposant chacune de leur propre moteur électrique, insérées dans la voie tous les 2-3 mètres. Le PeopleMover du Magic Kingdom à Walt Disney World (de son nom complet, Tomorrowland Transit Authority PeopleMover) est diffèrent car il fonctionne avec des moteurs linéaires. La voie et les dessous des véhicules sont tous les deux plats et agissent un peu à la manière d’aimants se repoussant. Une mise sous tension électrique du track permet de générer une force translation permettant aux véhicules de bouger sans avoir eux-mêmes de moteurs ou de roues. Ce système de moteur linéaire est utilisé dans beaucoup d’autres attractions Disney telles que les montagnes russes « Incredicoaster » (anciennement connu sous le nom de California Screamin’) de Disney California Adventure ou « Rock’n’Roller Coaster Starring Aerosmith » de Disney’s Hollywood Studios (et Walt Disney Studios, Disneyland Paris) mais aussi dans les transports en commun de grandes villes comme Shanghai et son Maglev.

⇢ Ses passions et projets actuels
Bob Gurr nous a expliqué qu’il travaillait en ce moment sur un nouveau type d’EMV (Electric Mobility Vehicule, sorte de petit scooter aidant les personnes à mobilité réduite à se déplacer) qui sera disponible à la location et l’achat dans une société célèbre d’Orlando. Il est également passionné d’aviation et prends beaucoup de plaisir à voler sur des simulateurs de vol, tels que X-Plane, après avoir été pilote pendant 50 ans et avoir vendu son appareil il y a environ 10 ans.

⇢ Sa partie préférée du Walt Disney Family Museum
Bob Gurr a directement évoqué la première pièce du parcours du musée (directement après avoir croisé le premier hôte d’accueil dans le hall) où sont exposés des photos de famille de Walt et des petits artefacts de sa vie. « J’y ressens un sentiment qui me donne la chair de poule car Walt est là dans les murs et il me parle … Ca me glace le sang, je suis désolé » a-t-il expliqué avant de laisser échapper quelques larmes.

*Ndla: Dans cette première salle, on peut entendre Walt raconter le début de sa propre histoire. C’est pour cela que Bob Gurr disait « Il me parle », il ne s’agit pas d’une figure de style ou d’un délire de sa part.

En conclusion, j’étais vraiment heureuse d’avoir pu participer à ce premier webinar des Happily Ever After Hours. Il reste très peu de personnes en vie ayant connu et surtout travaillé avec Walt Disney et ils apportent un regard différent sur cette personne que j’admire tant. Je dois d’ailleurs ajouter que voir ces intervenants systématiquement émus lorsqu’il l’évoque me renforce dans l’idée qu’il devait forcément être une personne formidable qui a réellement marqué les gens de manière positive. Par ailleurs, Bob Gurr est lui-même très inspirant. Faire partie de cette première génération d’Imagineers ce n’est pas rien, car ce sont eux qui ont réellement posé les bases de tout ce que l’on connait actuellement dans les parcs Disney et cela sans avoir aucunes références sur lesquelles eux-mêmes s’appuyer. Il a l’air d’être quelqu’un d’extrêmement sympathique et bienveillant en plus d’être un Imagineer talentueux. J’ai appris beaucoup de choses pendant cette session et j’espère que ce résumé vous aura également apporté quelques nouvelles connaissances disneyennes ! En espérant que le Walt Disney Family Museum ait peut-être envie de continuer à proposer du contenu virtuel même après la réouverture du musée afin que tous les fans du monde entier puissent avoir accès à ces informations sans devoir aller à San Francisco !

Crédits:
Image à la Une: Capture d’écran de l’écran titre du Walt Disney Family Museum Happily Ever After Hours with Bob Gurr, le 16 avril 2020.
Image 1: Capture d’écran de la recette du “Gurr Tiki” partagée pendant le Walt Disney Family Museum Happily Ever After Hours with Bob Gurr, le 16 avril 2020.
Image 2: Capture d’écran de Bob Gurr pendant l’épisode 1 de la saison 1 du documentaire “Il était une fois les Imagineers, les visionnaires Disney” à environ 28:10 (Iwerks Leslie, disponible sur Disney+).
Image 3: Disney no Tabi (Nikon D5100), Great Moments with Mr. Lincoln, Disneyland Park, Anaheim, Juillet 2016.
Ligne d’images 4: Disney no Tabi (Nikon D5100), Matterhorn Bobsleds, Disneyland Park, Anaheim, Juillet 2016. Capture d’écran de Bob Gurr pendant l’épisode 1 de la saison 1 du documentaire “Il était une fois les Imagineers, les visionnaires Disney” à environ 41:30 (Iwerks Leslie, disponible sur Disney+) et du Matterhorn Bobsleds en construction pendant l’épisode 1 de la saison 1 du documentaire “Il était une fois les Imagineers, les visionnaires Disney” à environ 28:10 (Iwerks Leslie, disponible sur Disney+).
Image 3: Disney no Tabi (Nikon D5100), Première galerie, Walt Disney Family Museum, San Francisco, Décembre 2019.

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